Les 10 plus gros employeurs privés de Polynésie française
Quelques groupes. Des milliers de salariés. Et une concentration du marché du travail sans équivalent en France. Portrait des dix premiers employeurs privés du fenua.
En Polynésie française, le marché de l'emploi privé ne ressemble à aucun autre territoire français. Sur 71 840 salariés déclarés à la CPS en 2023, les dix plus grands groupes privés en emploient à eux seuls environ 8 300, soit près de 15% de l'emploi privé marchand. En France hexagonale, les dix premiers employeurs privés pèsent moins de 3% du total.
Ce rapport de concentration dit beaucoup sur la structure économique du fenua : une poignée d'acteurs, souvent familiaux, qui structurent des pans entiers de l'activité locale depuis des décennies.
Voici leur portrait.
1. Groupe Wane — ~2 500 salariés
Distribution, hôtellerie, agroalimentaire
Le groupe Wane est, de loin, le premier employeur privé du fenua. Fondé par Louis Wane, fils d'immigrants chinois arrivés au début du XXe siècle, le groupe s'est construit depuis 1964 à partir du négoce alimentaire avant de devenir un empire discret qui représente aujourd'hui près de 12% du PIB polynésien.
Il regroupe quatre hypermarchés Carrefour, six supermarchés Champion, des enseignes de proximité Easy Market, des sociétés d'importation et de production, ainsi que cinq hôtels de luxe exploités sous les enseignes Hilton et Marriott (Tahiti, Moorea, Bora Bora, Rangiroa). 1 500 salariés dans la distribution, 1 000 dans l'hôtellerie. Louis Wane reste l'actionnaire unique de l'ensemble.
Recrutement : carrefour.pf
2. Groupe Brasserie de Tahiti — ~1 167 salariés
Agroalimentaire, boissons, distribution
Deuxième employeur privé du fenua, le groupe Brasserie de Tahiti est bien plus qu'un brasseur. Il produit et distribue la bière Hinano et l'eau Royale, détient les licences Coca-Cola, Heineken, Schweppes et Orangina, et s'étend sur une vingtaine de marques de boissons.
Mais le groupe couvre aussi le froid industriel (Polynésie Froid), le textile (Tahiti Sign), la distribution alimentaire (SDA), les jus de fruits (Jus de Moorea), le rhum artisanal (Manutea) et l'hôtellerie (Financière Hôtelière Polynésienne). Un conglomérat agro-industriel qui tourne sur le site de Punaruu depuis des décennies.
Recrutement : brasseriedetahiti.com
3. Air Tahiti — ~1 700 salariés
Transport aérien inter-îles
Air Tahiti est la colonne vertébrale du territoire. Elle relie 48 îles réparties sur une surface équivalente à l'Europe, assure les liaisons scolaires, médicales et administratives entre Tahiti et les archipels, et dessert plus de 90% de la population polynésienne.
Sans elle, des milliers d'habitants des Marquises, des Tuamotu ou des Australes seraient coupés du monde. Premier employeur local privé selon ses propres données actualisées (2024), la compagnie emploie aujourd'hui environ 1 700 salariés répartis dans les cinq archipels.
Recrutement : carrieres.airtahiti.com
4. Groupe Beachcomber — ~908 salariés
Hôtellerie de luxe
Le groupe Beachcomber est l'un des opérateurs hôteliers historiques de la Polynésie française. Présent sur plusieurs îles emblématiques, il gère des établissements de standing sous ses propres enseignes ou en partenariat avec des chaînes internationales.
Discret médiatiquement, il est pourtant l'un des plus gros pourvoyeurs d'emplois dans l'hôtellerie polynésienne, un secteur qui a connu une forte reprise depuis 2022 avec le rebond du tourisme international. Cuisiniers, agents de réception, personnel d'entretien, guides : des métiers manuels et de service au cœur de son modèle.
Recrutement : interislandhotels.com
5. Air Tahiti Nui — ~621 salariés
Transport aérien long-courrier
Compagnie nationale de la Polynésie française, Air Tahiti Nui opère depuis 1998 les liaisons long-courriers entre Papeete et Los Angeles, Paris, Tokyo et Auckland. Née d'une initiative du gouvernement territorial sous l'impulsion de Gaston Flosse, elle est aujourd'hui détenue à 99,9% par le Pays.
Environ 620 salariés, dont une majorité de personnels navigants, de techniciens de maintenance et d'agents au sol. La compagnie a traversé une crise sévère pendant le Covid, puis a rebondi fortement grâce à la reprise touristique. Elle affiche une politique RH axée sur la mobilité interne et la parité.
Recrutement : airtahitinui.com/accueil-emploi
6. ONATi (ex-Vini) — ~630 salariés
Télécommunications
ONATi est la filiale télécoms de l'OPT (Office des Postes et Télécommunications), née en 2018 de la fusion de Vini et de la direction des télécoms de l'OPT. Premier opérateur polynésien, elle gère le réseau mobile (4G), l'internet fixe et la télévision par satellite.
Sur un territoire aussi fragmenté géographiquement que la Polynésie, assurer la connectivité relève d'un défi logistique permanent. La société compte 630 collaborateurs, dont 48% de femmes et 30% de moins de 30 ans. Elle se revendique « faite par des polynésiens pour des polynésiens », avec près de 400 entreprises locales partenaires.
Recrutement : onati.pf/emplois
7. Groupe Boyer — ~610 à 1 000 salariés
BTP, génie civil, travaux maritimes
Leader incontesté du BTP en Polynésie française, le groupe Boyer est présent sur le territoire depuis le siècle dernier. Génie civil, fondations spéciales, travaux maritimes et portuaires, construction de bâtiments : la diversité de ses activités lui permet d'intervenir sur l'ensemble du territoire, de Tahiti aux îles les plus reculées.
Le groupe est connu pour une culture humaniste affirmée et pour recruter à tous niveaux, diplômés ou non, avec une vraie politique de formation interne. Il opère depuis son siège dans la vallée de la Tipaerui à Papeete.
Recrutement : boyer-construction.pf
8. EDT-Engie — ~532 salariés
Énergie, électricité, services
EDT-Engie est le concessionnaire historique de la distribution d'électricité en Polynésie française. Entreprise de service public adossée au groupe Engie, elle produit et distribue l'énergie électrique sur Tahiti et les îles via des sources thermiques et renouvelables (hydraulique, solaire).
Troisième employeur privé selon ses propres données, elle emploie plus de 500 collaborateurs dont 68% ont bénéficié de formations professionnelles sur une seule année. Un indicateur qui reflète la culture formation très poussée de l'entreprise, dans un secteur où la sécurité est non négociable.
Recrutement : edt.pf/nous-connaitre/nous-rejoindre
9. CPS — ~510 salariés
Protection sociale
La Caisse de Prévoyance Sociale est l'organisme de protection sociale de la Polynésie française. Elle gère les prestations maladie, maternité, accidents du travail et retraite pour l'ensemble des salariés du territoire.
Institution publique au carrefour de la santé et du social, elle emploie environ 510 personnes et joue un rôle structurant dans la vie quotidienne de chaque Polynésien. Sa base de données sur l'emploi salarié fait d'ailleurs référence : c'est à travers ses déclarations que l'ISPF construit toutes les statistiques du marché du travail local.
Recrutement : cps.pf
10. Banque Socredo — ~400 salariés
Banque, services financiers
Fondée en 1959, la Socredo est la banque de développement de la Polynésie française. Banque de proximité, banque privée, banque des entreprises : elle couvre l'ensemble des segments et finance une grande partie des projets structurants du territoire.
Engagée dans une démarche de développement durable (bilan carbone, partenariats biodiversité), elle se positionne comme une banque du territoire au sens fort. Environ 400 collaborateurs répartis dans ses agences à Tahiti et dans les archipels.
Recrutement : socredo.pf/nous-rejoindre/offres-emploi
Ce que ce classement dit de l'économie polynésienne
Ces dix groupes partagent plusieurs traits communs. La majorité sont soit familiaux (Wane, Brasserie, Beachcomber, Boyer), soit para-publics (ONATi, EDT, CPS, Socredo, Air Tahiti, Air Tahiti Nui). Aucune multinationale étrangère ne figure dans ce top 10 au sens des effectifs locaux.
L'économie polynésienne est profondément locale, concentrée, et dominée par des secteurs à forte main-d'œuvre : distribution, hôtellerie, BTP, transport, énergie.
C'est aussi une économie où l'emploi manuel et de service représente la très grande majorité des postes. Des caissiers, des agents d'escale, des mécaniciens, des maçons, des serveurs, des agents de sécurité. Des métiers invisibles dans les grands discours sur l'économie du fenua, mais qui font tourner le pays tous les jours.
Sources : magazine Dixit (Créaprint), ISPF, déclarations des entreprises, audition de Nancy Wane devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale (mai 2023).